Sur le quai
Le trajet, chaque fois, près de toi me ramène,
Qu'importe la longueur ou qu'importe le temps,
Quand sur le quai désert je sais que tu m'attends,
Livrant ton corps bavard et ton regard amène.
Tu es assis, toujours, à coté de la porte,
Immobile et serein,les yeux perdus ailleurs.
Rêverais-tu de soirs et de jeux chamailleurs
Ou de pays lointains vers lesquels tu m'emportes ?
Songerais-tu, disert, à d'étranges voyages,
A de secrets transports vers les nuits à venir ?
Ou peut-être, discret, voudrais-tu retenir
Les aveux indécents de projets plus volages ?
Le trajet, près de toi, chaque fois me ramène,
Qu'importe la saison, qu'importe donc l'année.
Quelle destination vas-tu imaginer
Pour délivrer mon corps sous ton regard amène ?

Hiver
Vent dans les bambous, cri d'agonie d'un matin terne soufflant ses frimas sur des silhouettes rigides
Cri du corbeau, agressif, en défense d'un pseudo territoire que personne ne voudrait arracher à un ciel d'acier
Passereaux discrets trillant des je suis là même si tu ne me vois pas
Danse glacée des arbres décharnés tendant leurs bras nus et vides à l'absence, grands échalas en hibernation préparant en secret leurs explosions printanières
Flaques de neige, vieux souvenirs d'un hier où l'on rêvait de bonhommes chapeautés et de rires lancés comme autant de perches de joie vers un ailleurs blanchâtre
Gouttes de froid, dernières larmes de nuages trop clairs immobilisés dans un gel létal
Un carillon lointain égraine les minutes, trop lentes, figées, statufiées sur la clameur de la ville
Lui répond la brièveté d'une sonnerie stridente. Ils étaient dans les starting block tous ces lycéens qui déboulent trop pressés d'être ailleurs, trop bruyants, autistes de l'instant aux yeux fermés et aux oreilles closes
Claquent les talons sur le sol frigide vomissant son bitume et sa haine des prairies qu'il a tuées
Musique braillarde jaillie d'un pseudo communicant, appareil greffé à la main
Ronflement. Arrêt. Sifflement dans un clignotement bleu cacophonique Je ramasse tes ordures Je ramasse tes ordures Je ramasse et je repars pour celle de l'autre
Une chaînette caresse lentement un mur blanc sali, maillons de métal contre pierre en balancement imperceptible.
Qui va-t-elle réveiller si je tire ? Qui se cache derrière les volets clos, drapé d'intimité ? Sortent des vapeurs d'une bouche métallique qui avouent sans un mot, tu sais, derrière, il fait chaud.
Mes doigts refusent de noter ce que le temps me dit, main indocile stoppée dans un cauchemar d'hiver.
J'arrête.
Je rentre.
Je sens déjà l'odeur du café que nous partagerons . Bonheur chaleureux.

Exercice de ce matin : sortez, (-5 la joie) et notez ce que vous voyez, entendez, sentez ... Avec ces notes, écrivez un texte ... :-D
Surprise
La route sillonnait un automne en sommeil
Et chaque étroit lacet semblait nous exhorter
A suivre sans remord ces feuilles emportées
Par le souffle d'un vent dansant sous le soleil
Le rouge bataillait avec les verts déteints
Il pendait des foulards dans les arbres soumis
Dont les pleurs oxydés coulaient sans compromis
Sur les vallons perdus et les rêves éteints
Nous traversions sans bruit d'inconnus paysages
Égarés dans l'instant et pourtant fascinés
Par ce croquis charmeur lentement dessiné
En louant les hasards d'un savoureux voyage

Insomnie
Entre ses bras frileux me berce l'insomnie
Étreignant sans un bruit les ombres qui s'allongent
Sur le ciel du plafond des souvenirs de songes
Dessinent au fusain leur très lente agonie
D'aériens rubans noirs se détachent des murs
Puis volent pour farder doucement mes paupières
Soufflent sur mon regard les ultimes prières
Pour trouver le sommeil éteignant mes murmures
D'étranges papillons poursuivent les chemins
Qu'ils tracent sur les draps de leurs ailes d'aurore
Se posent sur ma bouche et soudain s'évaporent
Déposant le matin dans le creux de mes mains

Air de saison
Annonce le printemps son éternel retour
Il accroche aux bras nus des cerisiers graciles
L'aérienne blancheur de papillons dociles
Et dissout les frimas de l'hiver sans détour
L'hirondelle a déjà déserté son logis
Et contemple au matin le jardin en éveil
Elle attend sur son fil le lever d'un soleil
Qui apparait soudain sur l'horizon rougi
Tout bruisse Tout gémit Tout murmure Tout tinte
Se mêle* le fredon de la mésange sage
Aux trilles du verdier caché dans le feuillage
Saluant le départ de la saison défunte

Maussade et muet
Le jour écrit un calme blanc
Aussi froid qu'une page vide
Sous la plume insipide
D'un auteur indolent
Le silence assomme alentour
Les murmures d'une saison
Qui glacent la raison
Et le cœur tour à tour
Le temps se suspend aux éclats
Neigeux des nuages en pleurs
Qui déposent des fleurs
Luisantes de verglas
Et la nuit descend sans un son
Au gré de ces flocons aphones
Dans le lointain résonne
L'hiver dans un frisson
Après la pluie
Sur la moindre senteur un foulard enneigé
Se posa sans un bruit dissolvant ces fragrances
Que nous goûtions hier Empreintes d'élégance
Que nous portait le vent sur un ton si léger
Ami te souviens-tu des crépitants instants
Quand sur le sol chauffé à blanc la douce averse
Posait ses gouttes d'eau comme autant de caresses
Réveillant cette odeur que nous apprécions tant
Sens le souffle du sol imprégné de soleil
Quand exhalent les prés la force de la terre
Les champs et les bosquets refusant de se taire
Frissonnent en accord tirés de leur sommeil
Tout bruisse autour de toi pour que lise ta main
Les mots trop longtemps tus d'une étrange romance
Entends ce chant d'amour qui lentement s'élance
Emportant la raison sur de troublants chemins
Vois le moelleux d'un corps où vibre le plaisir
Grisé par les baisers mais demeurant avide
Que parcourent les doigts frémissants et humides
Retraçant les désirs qui restent à saisir
Mêles-y le rugueux d'un tronc et la fraîcheur
De la source glissant entre de chaudes pierres
Rappelle-toi de cette odeur que balbutiait
Ricochant dans nos yeux la terre à notre coeur
A l'attache des années
Le ciel s'était paré d'un vêtement d'automne
Recouvrant le soleil d'un lambeau monotone
Et sur le monument des héros et des morts
Faisait rimer l'instant dans de tristes accords
Le vent saisonnier froid qui balayait la place
Achevait de glacer la musique fallace
Qu'il aurait pu jouer dans les nombreux drapeaux
Battant en haut des mâts tels de vains oripeaux
En légers tourbillons des feuilles orphelines
Voltigeaient sans un bruit colorées et félines
Puis allaient s'allonger défuntes sur le sol
Devenant un linceul dans cet ultime envol
Brusquement une voix déchira le silence
Un nom fut prononcé Tonna Mort pour la France
Et chacun ressentit le climat étouffant
D'un village pleurant l'obit de ses enfants
Nuit sylvestre
La lune auréolait la cime d'un grand chêne
Qui trônait en ces bois fier et majestueux
Et jusque sur le sol chacun respectueux
Ou discret évitait d'envahir ses achaines
Sous le dais de la nuit l'ancêtre protégeait
Les arbres alentour et montait leur hommage
Dans le long bruissement soufflé par leurs ramages
Emmêlés doucement que le vent propageait
La lune couronnait le monarque des rouvres
En tressant des rayons sur son chef imposant
Elle exigeait de tous que tels des courtisans
Chaque astre dans le ciel humblement se découvre
Larmes glacées
Reste le souvenir du sombre de l'hiver
Dans le calme le froid et les rêves ternis
Le glaçon tinte encor sur le rebord du vers
S'attardant un instant sur le whisky fini
Je ne l'aimais que sec et dans un large verre
Tu riais de cela je crois sans ironie
De l'éclat de ton rire en amer fait divers
Ne reste que l'écho mourant d'une agonie
Le hurlement sans fin d'un malheureux trouvère
A glacé le présent dans la monotonie
Continue infini, le silencieux calvaire
Où reste crucifiée une ancienne harmonie
Un jour tu es parti un jour whisky fini
Le glaçon tinte encore au vers des insomnies







